L'ACTU

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18>21 janvier| Sommet mondial des énergies du futur de 2010, Abu Dhabi, Émirats arabes unis

Le 26 janvier 2009, soixante-quinze pays du Nord comme du Sud ont signé à Bonn (Allemagne) l'acte de naissance de l'Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA). Son mandat : connecter les centres de recherche ; créer une base de données pour que chaque pays connaisse les ressources dont il dispose ; rendre les technologies solaires accessibles aux plus pauvres ; financer des projets et répondre aux immenses besoins de formation qui existent. Avec la signature du la République tchèque le 6 janvier 2010, l'IRENA compte maintenant 139 membres, témoignant de l'intérêt international pour cette nouvelle agence. La réunion d'Abu Dhabi doit fixer les priorités de son action.

À cette occasion, nous mettons en ligne un texte de Stéphane Lhomme du Réseau Sortir du Nucléaire sur le développement actuel des énergies renouvelables dans le monde, paru dans le CDP88 Forêts : à la croisée des usages.

Énergies renouvelables
une irréversible lame de fond

Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau sortir du nucléaire
www.sortirdunucleaire.org

Il aura fallu beaucoup de persévérance à plusieurs pays, en particulier l’Allemagne, pour que naisse officiellement, fin janvier 2009 à Bonn, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA). Les producteurs de pétrole, les États-Unis (c’était avant l’avènement de Barack obama) et bien sûr la France pronucléaire ont tout tenté pour empêcher l’aboutissement du projet. Jusqu’à la dernière minute, l’Élysée a envisagé de ne pas signer l’accord mais, de toute évidence, c’est la crainte de l’opinion publique qui a fait céder le président Nicolas Sarkozy. en effet, en plaçant la France à l’écart de l’IRENA, il risquait de révéler la vraie nature de sa politique environnementale fondée sur le «grenelle de l’environnement» : de beaux discours pour les énergies renouvelables mais… tous les moyens pour le nucléaire.

Changement de cap

Depuis janvier, la donne a considérablement changé : il serait naïf de croire que l’administration américaine est subitement devenue antinucléaire, mais le président Barack Obama a très clairement donné la priorité aux énergies renouvelables, ainsi qu’aux économies d’énergie  : «pour susciter enfin la création d’une économie fondée sur une énergie propre, nous doublerons la production d’énergies nouvelles dans les trois prochaines années», a-t-il déclaré, dans un discours prononcé en janvier dernier à l’université de Fairfax (Virginie). «Nous moderniserons plus de 75 % des immeubles du gouvernement et améliorerons l’efficacité énergétique de deux millions de foyers américains, fai- sant ainsi économiser des milliards aux consommateurs et aux contribuables.» Puis, début février, le président américain a enfoncé le clou lors de la présentation de son plan de relance en réponse à la crise économique mondiale. L’agence AP a ainsi classé dans les gagnants «les énergies alternatives  : pas moins de 50 milliards de dollars (38,84 milliards d’euros) sont consacrés au renforcement de l’efficacité énergétique et à des programmes d’énergies renouvelables». Et dans les perdants «le secteur de l’énergie nucléaire. Il ambitionnait de décrocher 50 milliards de dollars de garanties de prêts fédéraux mais a été exclu des bénéficiaires du plan de relance. La victoire va donc aux écologistes».

Annulations en chaîne

Bien sûr, les industriels de l’atome vont essayer de contre-attaquer. D’ailleurs, en France, il est toujours question, à la Une des médias, d’un «grand retour du nucléaire» : des réacteurs sont supposés pousser comme des champignons partout sur la planète. Mais, dès décembre dernier, au grand désespoir d’Areva qui travaillait sur ce dossier depuis des années, l’Afrique du sud a annulé les douze réacteurs qu’elle prétendait construire.

Et, en avril 2009, le producteur américain d’électricité, AMERENUE, a annulé sont projet de construction d’un réacteur nucléaire français EPR prévu dans le missouri. La raison de ce revirement, qui risque bien d’être le premier d’une longue série  : tous comptes faits, et en l’absence de fortes aides publiques promises par georges Bush, l’électricité nucléaire est bien trop chère à produire. CQFD.

Certes, la crise économique mondiale pose aussi quelques difficultés concernant le financement de projets d’énergies renouvelables. mais les investissements de départ sont immensément moins lourds que pour le nucléaire et la production d’électricité se concrétise en quelques mois ; alors qu’il faut dix ans entre le lancement d’un réacteur et son entrée effective en service.

La situation en Chine, qui rassemble près d’un quart de l’humanité, est aussi très significative. Il est hélas vrai que plusieurs réacteurs nucléaires y sont en construction ou en projet. mais, même si les trente nouveaux réacteurs annoncés sont réellement construits, l’atome ne couvrira que 4 % de l’électricité produite, soit environ 0,7 % de la consommation totale d’énergie du pays : une misère. Selon le Global Wind Energy Council, la Chine deviendrait d’ici la fin de l’année la première puissance éolienne mondiale. Avec un parc d’une capacité actuelle de 12 gigawatts (GW), qui devrait être de 20 GW en 2010, l’éolien devrait dépasser le nucléaire, avant de le reléguer loin derrière…

En France, un combat anti-éolien d’arrière garde est «emmené» par Valery Giscard d’Estaing, 83 ans, et Marcel Boiteux, 87 ans, ancien PDG d’EDF : deux des principaux responsables de la fuite en avant de la France dans le nucléaire dans les années 1970 et 1980, compagnies de CRS à l’appui. Bien sûr, on peut regretter que les énergies renouvelables, et donc les éoliennes, ne soient pas installées par un vrai service public de l’énergie, mais cet était de fait est justement la conséquence de l’option nucléaire imposée depuis cinquante ans en France.

Le «train» des énergies renouvelables a démarré, sa vitesse ne cesse d’augmenter et ce de façon exponentielle. La France peut encore s’accrocher aux derniers wagons, mais elle traîne son boulet nucléaire et risque bien de rester sur place…


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Dernière modification : 15 October 2010