Biodiversité : La haute mer oubliée ? Commerce équitable
La crise de croissance ?

L’entrée dans l’âge adulte

François Lerin, directeur de publication

Alors que l’urgence humanitaire et l’aide au développement ont une cote en baisse dans les opinions, le commerce équitable (CE) représente une façon simple de « faire quelque chose de concret», dans l’acte quotidien de la consommation, sans attendre la médiation des représentations et des politiques publiques. Le CE est compatible avec les règles libérales : rien n’empêche un consommateur de payer plus cher pour un produit dont les attributs symboliques (l’équité, la solidarité) lui conviennent.

«le CE a quitté les seuls circuits alternatifs pour faire alliance avec le système de la grande distribution et des industriels capables de fournir des produits standardisés de haute qualité. Il est certain que ceux qui pensent que le CE a fait « pacte avec le Diable » n’ont pas tout à fait tort. »

Certains pensent qu’il s’agit d’une « moralisation» de l’homo economicus dominant, en introduisant du « bien» dans un comportement individuel conduit par le marché et ses acteurs les plus puissants. Mais on peut aussi interpréter l’achat de produits équitables comme un strict comportement d’intérêt et de citoyenneté mondiale – au sens du cosmopolitisme : comme nous n’appartenons pas aux mêmes sphères publiques, si je veux manifester le fait que nous appartenons quand même à un même monde, je dois, d’où je suis, favoriser les droits économiques de ceux qui produisent, dans des conditions sociales que je considère universelles et justes, pour ma consommation. En ce sens, il ne s’agit pas d’une posture caritative, mais bien, dans son idéal, d’un intérêt partagé, donc d’une forme, fut-elle ténue, de citoyenneté commune. Une forme d’économie sociale à l’échelle planétaire.

Le CE a connu une progression spectaculaire au cours des dix dernières années. Une croissance liée au fait que le CE a quitté les seuls circuits alternatifs pour faire alliance avec le système de la grande distribution et des industriels capables de fournir des produits standardisés de haute qualité. Il est certain que ceux qui pensent que le CE a fait « pacte avec le Diable» n’ont pas tout à fait tort. Mais il faut garder en mémoire que sans ce compromis, le CE serait resté un phénomène sympathique mais tout à fait marginal. D’ailleurs, même en passant par les industriels et la grande distribution, le CE reste encore modeste ! Plutôt donc que de rabattre le phénomène sur d’anciennes certitudes et une radicalité sans impact, il vaut mieux, comme nous en avons l’habitude au Courrier de la planète, accepter que cette crise de croissance est un passage obligé, un rituel duquel pourront naître de nouveaux modes d’organisation.

En fait, ce que met en question la grande distribution et son système d’organisation va bien au-delà du CE et pose un défi politique fondamental dans les pays dans lesquels il est né : sur les modes d’urbanisation, l’oligopolisation, les droits sociaux, etc. Ce système est devenu dominant et le CE n’est qu’un des segments qu’il absorbe, goulûment, comme le bio et les produits de terroir et comme demain il le fera avec les circuits courts si nécessaire…

Le problème est donc là, comme celui de la multiplication des marques, ombrelles et labels, qui risque de finir par miner la confiance des consommateurs. D’autant que derrière cette multiplication des signes destinés aux consommateurs, il y a aussi des cahiers des charges et des règles très diversifiés que doivent appliquer les producteurs, aboutissant dans certains cas à des certifications contestables.

« Mais quoi – comme disait le Général – il n’est pas de politique qui vaille en dehors des réalités !» C’est donc au débat, à l’évaluation et aux nouvelles expérimentations qu’il appartient maintenant de faire de cette crise de croissance une phase réflexive : calculs économiques, études de terrain, débats contradictoires sur les alternatives, analyses comparatives des circuits, dénonciation des hold up (notamment de la grande distribution), etc. Il y a du pain sur la planche et l’entrée en lice des producteurs et de l’équitable dans certains pays émergents sera, faisons le pari, un élément décisif de cette re-formulation.

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Dernière modification : 27 July 2009