Biodiversité : La haute mer oubliée ? Biodiversité
La haute mer oubliée

Alerte rouge sur le thon !

Damien Conaré, rédacteur en chef

Le thon rouge, une espèce « gravement menacée » selon Greenpeace, s’est trouvé à nouveau au centre des polémiques cette année. Acte I, juin 2008 : afin d’écarter les risques de surexploitation de la ressource, la Commission européenne décide de fermer prématurément la saison de pêche en Méditerranée et dans l’Atlantique-Est. Une décision immédiatement contestée par les thoniers qui soulignent qu’aucune preuve tangible ne permet d’affirmer un dépassement des quotas attribués.

«La surcapacité de la flotte atteint un niveau qui n’est pas compatible avec la durabilité des ressources.»

Acte II, septembre 2008 : dans un rapport commandé par la Commission internationale de conservation des thonidés de l’Atlantique (Iccat), trois experts indépendants dressent un sévère réquisitoire sur le fonctionnement de cette commission et, surtout, sur le comportement de ses États membres.

L’objectif de l’Iccat est de maintenir les stocks d’une trentaine d’espèces à des niveaux compatibles avec une exploitation durable. Selon les experts, l’objectif est atteint pour seulement quatre d’entre elles ! En ce qui concerne le thon rouge, dont la gestion est qualifiée de « honte internationale », le rapport accuse les pays impliqués dans la pêche d’avoir « systématiquement échoué à fournir des données exactes en temps et en heure et à évaluer, surveiller et contrôler » les stocks de poissons prélevés. En conséquence, d’ici à ce que les États membres s’engagent à respecter intégralement les réglementations de l’Iccat et le droit de la mer, les trois experts préconisent la « suspension immédiate » de la pêche au thon rouge, suivant en cela une ancienne revendication de Greenpeace.

Parmi les recommandations figurent également la diminution de la capacité des navires de pêche et des fermes d’engraissement ainsi qu’une intensification de la lutte contre la pêche illégale. En effet, la surcapacité de la flotte atteint un niveau qui n’est pas compatible avec la durabilité des ressources. D’autant que la pêche illégale se développe à travers les activités « d’élevage » : les thons sont capturés et transportés vivants vers des « fermes » en pleine mer où ils sont engraissés pendant plusieurs mois avant d’être exportés. La complexité de ces opérations qui concernent de nombreux acteurs ne facilite ni la traçabilité ni la tenue des statistiques et contribue donc à masquer le volume réel des captures.

Officiellement, en 2007, plus de 60 000 tonnes de thon rouge ont été pêchées en Méditerranée et en Atlantique, pour un quota fixé à 28 500 tonnes, déjà très supérieur aux 15 000 tonnes recommandées par les scientifiques pour éviter l’épuisement de la ressource.

En Méditerranée, le stock de thon rouge, longtemps ressource commune, est aujourd’hui contrôlé par une poignée d’industriels qui mettent en doute « l’équité » d’une politique communautaire, appliquée par des États membres qui peinent à exercer un contrôle effectif et à suivre les recommandations prudentielles de l’expertise scientifique, se trouvant ainsi pris sous le feu des ONG.

Un véritable cas d’école en matière d’imbroglio de gouvernance environnementale…

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    83 - Biodiversité
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Dernière modification : 23 March 2009