Les OMD, l'ONU et la gouvernance mondiale

éditorial par Laurence Tubiana et François Lerin, directeurs de publication.

Croire aux objectifs du Millénaire pour le développement ? C'est-à-dire se mobiliser pour exiger des gouvernements - donateurs ou récipiendaires - qu'ils tiennent les promesses faites il y a cinq ans… Faut-il prendre à la lettre son ambition d'être le cadre de référence des stratégies de développement pour ce début de XXIe siècle ? Ces questions sont posées à la fois par les organisations non gouvernementales, les administrations publiques, les organisations internationales, les centres de recherche sur le développement, etc. Certains sont sceptiques sur la méthode employée, d'autres critiquent les cibles choisies, d'autres enfin affirment que les objectifs ne sont pas à la mesure des enjeux, que les moyens mis en œuvre ne sont pas suffisants ou que les méthodes et les organisations choisies ne sont pas les bonnes…

Pour ne pas minimiser l'enjeu, il faut insister sur le fait que ces objectifs sont le produit de l'organisation multilatérale du monde. Ils ne font en effet que reprendre les conclusions des conférences thématiques organisées par les Nations unies et compilées par le Comité d'aide au développement de l'OCDE. Cette compilation a ensuite été validée par les principales organisations internationales et les principaux bailleurs de fonds, puis adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies.

On peut la critiquer certes, mais pas ignorer le fait qu'elle est le produit de la coordination internationale telle qu'elle est aujourd'hui, lorsque l'ONU se met au centre de la gouvernance mondiale.

Il faut se souvenir également que ces objectifs ne sont qu'une partie de la Déclaration du Millénaire. Celle-ci rappelle d'abord des «valeurs et des principes» communs, jugés «éternels et universels», et qui ne doivent rien moins que «sous-tendre les relations internationales au XXIe siècle» : la liberté, l'égalité, la solidarité, la tolérance, le respect de la nature et le partage des responsabilités. La déclaration fait aussi place à la question centrale de l'après guerre, celle de la Paix, et la décline selon les menaces qui pèsent sur elle en ce début de siècle : terrorisme, drogue, criminalité transnationale, armes de destruction massive, recours à la force…

«la Déclaration est un plaidoyer en faveur des Nations unies et du multilatéralisme. Elle affirme le projet ambitieux de réforme de l'organisation préconisé par le secrétariat général et qui est en cours de négociation.»

Enfin, la Déclaration est un plaidoyer en faveur des Nations unies et du multilatéralisme. Elle affirme le projet ambitieux de réforme de l'organisation préconisé par le secrétariat général et qui est en cours de négociation. La plus connue est celle du Conseil de sécurité, mais elle comprend bien d'autres aspects : gestion de l'organisation, coordination avec les institutions financières internationales ou avec les acteurs de la démocratie représentative (les parlements notamment) ou participative (les organisations dites de société civile)… Il s'agit de rendre l'ONU plus efficace et de réaffirmer qu'elle est «le lieu de rassemblement indispensable de l'humanité toute entière où nous nous efforçons de concrétiser nos aspirations universelles à la paix, à la coopération, au développement».

La question du développement est ainsi déplacée des agences spécialisées, des politiques nationales et des regroupements régionaux ou politiques, vers une question universelle traitée par l'ONU. On peut donc parier, sans beaucoup de risque, que la réunion de septembre à New York sera un moment de visibilité importante sur ce qu'est aujourd'hui la gouvernance mondiale et, qu'en dépit du caractère diplomatique de l'enceinte, les discussions seront serrées, chacun fourbissant ses armes pour défendre ses conceptions et ses intérêts.
A décrypter.