Eviter la surchauffe

éditorial par Laurence Tubiana,directrice de publication et Benjamin Dessus, Global Chance

C' la troisième fois en six ans que nous proposons aux lecteurs du Courrier de la planète et des Cahiers de Global Chance un numéro commun sur la lutte contre le réchauffement climatique.
Le premier numéro, paru en 1998, quelque temps après la concrétisation d'une régulation internationale originale par le Protocole de Kyoto, faisait déjà une large place, au-delà des débats alors très vifs sur les mécanismes de flexibilité du Protocole, à la nécessité de convergence des efforts des uns et des autres et à l'exigence d'équité et de justice dans le partage des ressources de la planète. «Cette question, disions-nous, paraît infiniment plus difficile à résoudre que de créer un marché de l'air et elle mobilise beaucoup moins d'énergies et de créativité. Aucun accord international ne résistera longtemps si ce problème n'est pas traité».

Début 2001, quelques mois après l'échec des négociations de La Haye, l'éditorial du second numéro notait : «On est devant un vrai paradoxe : un cri d'avertissement de plus en plus net des scientifiques, une connaissance de plus en plus précise des moyens de prévention à mettre en oeuvre, une alerte sinon une prise de conscience des opinions publiques occidentales et en même temps une impression de recul de la volonté publique, aussi bien au niveau national qu'au niveau international, comme si la connaissance paralysait l'action au lieu de la nourrir !»

Trois ans plus tard, où en sommes-nous ? Alors que les certitudes des scientifiques se précisent, que les événements climatiques extrêmes attribuables à l'effet de serre semblent devenir plus fréquents, pouvons-nous encore espérer une issue positive à une négociation internationale qui paraît en panne ? Le refus des Etats-Unis de ratifier le Protocole de Kyoto, les tergiversations des Russes, les voix qui en Europe commencent à s'élever pour mettre en doute la pertinence du Protocole, les plans climat français moribonds qui attendent une relève toujours repoussée : autant d'éléments qui troublent les citoyens que nous sommes, malgré les discours généreux et mobilisateurs des politiques. Pourtant, jamais la perspective du réchauffement comme un risque majeur pour l'ensemble des équilibres écologiques n'a été si précise.

Ce nouveau numéro qui tente d'apporter un éclairage pluraliste sur ces interrogations, s'articule autour du débat que nous avons organisé entre quatre personnalités très impliquées à des titres divers : Nathalie Koscuskio-Morizet, Michèle Pappalardo, Laurence Tubiana et Dominique Voynet. Quatre femmes, ce qui est significatif, dont l'attention particulière et non partisane à ces questions mérite d'être soulignée. Un débat sur l'histoire, les avancées et les échecs de Kyoto, sur les initiatives locales et sur les perspectives et les pistes d'action. Sur ces différents points, nous présentons une série de contributions qui permettront, nous l'espérons, au lecteur de reprendre pied sur cette question majeure pour l'avenir des sociétés et de la planète.