La reprise du Courrier de la planète

Editorial par François Lerin, Directeur de publication

Le Courrier de la planète est né en 1991, sous l'égide de l'ONG Solagral. La revue a vécu une crise douloureuse puisque Solagral a subi une liquidation en 2003, après s'être séparé du Courrier qui jouait un rôle important, sinon central, dans la vie de l'association.

Résultat : un an de suspension de parution et, avec ce numéro, une renaissance, délicate financièrement, mais portée par un cercle de militants et de proches animés par l'idée que la revue occupe une place particulière dans les discussions globales et que son existence mérite le surcroît de travail que suppose cette reprise qui devra s'appuyer sur plus d'efforts bénévoles.

La ligne éditoriale du Courrier ne changera pas. La revue est née dans la mouvance des ONG et d'un groupe de chercheurs qui estimait qu'un débat de fond devait être engagé sur les questions internationales. Comprendre le monde pour tenter de le changer, tel était l'objectif du Courrier à son lancement.

"vouloir fonder le mouvement de solidarité internationale citoyen sur une exigence intellectuelle et un débat rigoureux, loin des solutions toutes faites et du vade-mecum militant : ne rien prendre pour acquis sans l'avoir vérifié et débattu et exercer une fonction critique, sans jamais proposer une «ligne» d'action sur les questions que nous traitions."

Cela signifiait vouloir fonder le mouvement de solidarité internationale citoyen sur une exigence intellectuelle et un débat rigoureux, loin des solutions toutes faites et du vade-mecum militant  ne rien prendre pour acquis sans l'avoir vérifié et débattu et exercer une fonction critique, sans jamais proposer une «ligne» d'action sur les questions que nous traitions. Nous n'avons donc pas emboîté le pas aux discours et pratiques de «l'anti/alter-mondialisme». Non pas que les graves dysfonctionnements du système mondial ne méritaient pas une réponse militante «alternative», mais parce que tel n'était pas le propos du Courrier et que d'autres revues se sont emparées de cette tâche.

Dans ce nouveau numéro, qui traite de la question de la sécurité dans le monde, nous n'avons ainsi pas crié haro sur les politiques sécuritaires menées ici et là à l'échelle nationale et qui, à force de simplification et de populisme, réduisent tout sujet de société à celui de la sécurité. De la même façon, nous ne nous sommes pas contentés de reprendre les antiennes qui consistent à stigmatiser le nouvel «Empire américain» et ses réponses brutales et unilatérales à ce qu'il juge être l'insécurité mondiale (terrorisme et «Etats voyous»).

Notre prétention a été de chercher ce qui avait changé et est en train de changer dans les stratégies, les conceptions et les pratiques de la sécurité ­ qui restent un des objets fondamentaux des stratégies coopératives à l'échelle mondiale.

Nous avons donc décliné ce thème en trois «entrées»  la nouvelle gestion des crises «périphériques», la redéfinition des stratégies de certains grands acteurs étatiques face à la modification du contexte que représente la nouvelle politique internationale américaine et, enfin, la nouvelle appréciation des risques et le rôle du savoir scientifique face aux incertitudes.

C'est le parcours que nous vous proposons pour cette relance du Courrier de la planète, en tentant de ne pas édulcorer la complexité des raisonnements et des pistes de recherche. Car, en deçà, ou par-delà, le débat public, ce sont des mouvements de longue période, des écoles de pensée et des élaborations de positions non linéaires qui sont à l'oeuvre. Encore une fois, c¹est le projet et l¹ambition du Courrier que de pister et de rendre lisibles ces mouvements de fond. C'est notre rôle de «passeur», comme disait Serge Daney, que de tenter ce travail.
A vous de dire si nous y réussissons!