L’eau a rejoint, tardivement, la liste des droits économiques, sociaux et culturels, dont l’ensemble des habitants de la planète devraient jouir. Devant le déficit de ce bien pour des centaines de millions de personnes, les réponses apportées par la communauté internationale semblent bien lentes... Mais cette situation n’est pas propre à l’eau, elle est au contraire commune à l’ensemble de ces droits, qui apparaissent pour leurs détracteurs comme une rhétorique sans effet, l’occasion dans quelques "grandes messes onusiennes" de montrer sa bonne conscience, et de reformuler des programmes de coopération déjà engagés.

Il est vrai qu’aujourd’hui, les questions collectives internationales sont dominées par des enjeux géostratégiques et militaires tournant presque exclusivement autour de la sécurité - très récemment instituée comme premier des biens publics globaux sous l’égide des puissances dominantes, notamment des Etats-Unis, appliquant une doctrine réaliste-hégémonique incontournable. Dès lors, l’accomplissement des autres enjeux collectifs s’éloignent chaque jour davantage et, même lorsque les agendas sont maintenus - ce qui est le cas du troisième Forum mondial de l’eau de Kyoto -, les attentes des participants sont déclinantes. Ils savent que d’autres sujets occupent le devant de la scène et que les dépenses engagées par ailleurs diminuent d’autant les fonds disponibles à l’élaboration de stratégies collectives ambitieuses.

A cette situation géopolitique défavorable s’ajoutent deux éléments importants dans la question du traitement de l’eau comme question internationale :

Cependant, la réunion de Kyoto devra tenter de lever une partie de ces contradictions. D’une part, en montrant au monde que les questions de sécurité ne concernent pas seulement le terrorisme. Elles s’adressent également aux millions de personnes en situation de détresse pour lesquelles peu de choses, voire rien, n’est fait. D’autre part, elle devra montrer que la question des biens publics n’est pas seulement nationale. S’il existe des biens publics globaux (cf. CDP n°55), des mécanismes coopératifs internationaux doivent être mis en place... Sans de tels processus, un des piliers du développement durable (celui de l’équité intra-générationnelle) serait vidé de son sens.

Le débat sur un principe de fiscalité internationale et la couverture de risques des acteurs impliqués, comme celui concernant la transparence et la fixation d’objectifs ambitieux, ne pourront être évités. Il faut affirmer une nouvelle ambition pour l’ordre international en cours de construction, sous peine de revenir quinze ans en arrière, avant le Sommet de la Terre à Rio.