La mondialisation est mise à toutes les sauces. Outre la quantité considérable d'ouvrages directement consacrés au sujet*, beaucoup d'autres, qui n'ont pas pour objet principal cette question, ajoutent un chapitre ou des notations sur le thème. Nous voilà donc tous tenus d'avoir une opinion sur la chose, d'autant qu¹elle est aussi devenue un thème politique central.

« Tisser des liens de solidarité transnationaux, comprendre l'impact des mouvements de l'économie mondiale sur les situations locales, confronter les points de vue tout autour du monde, analyser les niveaux d'intervention, de décision et d'élaboration (du local au global) et des types d'acteurs (sur le terrain, en politique, dans les administrations, chez les chercheurs, etc.), tout cela fait partie du projet de base du Courrier de la planète »

Pro et anti s'affrontent sur les scènes publiques nationales et internationales. Situés pour la grande majorité d'entre eux outre-Atlantique, les pro sans réserves sont assez peu nombreux, mais très influents. En Europe, les critiques sont plus nombreuses et une sorte de consensus sur la «mondialisation régulée»** ou contre la «mondialisation néo-libérale» tient le haut du pavé ­ en France, elle jouit même d'une sorte de curieux consensus entre les différents partis politiques.

Pour le Courrier de la planète, le paradoxe vient de ce que notre revue n'a jamais cessé, depuis sa création, de parler du thème, qui était aussi la raison majeure de la création de l'ONG qui la soutient : Solagral. Tisser des liens de solidarité transnationaux, comprendre l'impact des mouvements de l'économie mondiale sur les situations locales, confronter les points de vue tout autour du monde, analyser les niveaux d'intervention, de décision et d'élaboration (du local au global) et des types d'acteurs (sur le terrain, en politique, dans les administrations, chez les chercheurs, etc.), tout cela fait partie du projet de base de la revue.
Un Courrier de la planète, en quelque sorte !

Pourquoi donc, dans ces conditions, réaliser un numéro explicitement consacré à la «mondialisation »  Parce qu'il nous semblait qu'en raison même du travail éditorial que nous avons mené au cours des années passées, nous pouvions apporter une contribution au débat, même pléthorique.

La première est d'entériner, comme d'ailleurs bon nombre d'observateurs l'ont fait, l'idée que la phase actuelle du processus de mondialisation conçu dans la longue durée n'est qu¹une deuxième phase de «globalisation» (après celle de la fin du XIXe siècle) de l'économie mondiale, pilotée par une tendance à l'unification des marchés.

La seconde est de décliner cette nouvelle période de l'économie mondiale en trois temps ­ qui sont aussi trois tendances d'interprétation des relations internationales : l'exercice de l'hégémonie tout d'abord ; l'analyse des tendances économiques à l'oeuvre dans cette période (ou au moins d'une partie d'entre elles) et, enfin, les procédures et la constitution de compromis institutionnalisés qui porte en elle, via de nouvelles stratégies coopératives à l'échelle mondiale, l'espoir d'un nouveau régime international.

C'est le parcours que nous vous proposons pour ce numéro du Courrier de la planète, qui devrait aussi permettre d'expliquer pourquoi nous n'avons pas « emboîté le pas » à une vision que nous jugions trop caricaturale de l'anti-mondialisme aujourd'hui.

* Voir la rubrique Ressources qui n'en recense (et pour cause) qu'une faible partie. Chaque article comprend également des références bibliographiques (« En savoir plus »).

** ou des « alter-mondialistes » pour reprendre l'expression utilisée par le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt.