Y croire encore ?

éditorial par la rédaction

La coopération internationale a été le grand espoir de la fin du XXe siècle. Pourtant aujourd’hui, un nombre croissant d’acteurs doute de son intérêt comme méthode de gestion de l’ensemble des biens collectifs - et pas seulement quand elle s’applique au développement des populations les plus pauvres de la planète (lire Cdp 67).

Ce scepticisme touche autant des Etats, qui semblent incapables de définir des biens communs à protéger ensemble, que des organisations non gouvernementales ou des syndicats, qui s’attachent surtout à dénoncer les faux-semblants. Les entreprises apparaissent seules comme maîtres d’œuvre du développement, sans que la question de leur responsabilité soit clairement établie. Cette évolution conduit à considérer Johannesburg comme l’impasse finale de la coopération intergouvernementale au service du développement durable.

«la question de l’intégration de l’économique, de l’environnement et du social ne s’arrêtera pas à Johannesburg»

Cette perception dominante de Johannesburg fait peu de cas du processus international, descendant et participatif, entamé il y a dix ans au Sommet de la Terre de Rio. Des débats et des initiatives sans précédent ont été générés, tant au niveau local, national, régional qu’international. Ils sont novateurs sur le fond : la question du développement durable a tout juste dix ans. Ils sont novateurs sur les fins : il s’agit de faire coïncider l’échelle temporelle de l’humanité avec celles de la nature ou de l’entreprise. Ils sont novateurs sur les moyens, en proposant de nouveaux partenariats entre des acteurs qui se pensent encore comme antagonistes. Ce même processus de confrontation a façonné l’agenda de Johannesburg en posant sur la table de négociation des sujets, comme l’eau ou l’énergie, que personne n’attendait vraiment à l’ouverture des négociations, il y a un an. Ces sujets existent parce que le processus n’est pas dominé par un groupe ou un pays hégémonique, comme d’autres enceintes. Un déficit de leadership qui est aussi une marque d’ouverture - aux entreprises notamment.

Que peut donc apporter le Sommet mondial pour le développement durable ? Cette conférence est un moment dans un processus plus large de coordination de tous les acteurs intéressés par la question du développement durable. En ce sens, la question de l’intégration de l’économique, de l’environnement et du social ne s’arrêtera pas à Johannesburg. Cette intégration est nécessaire et incontournable pour refonder une action publique internationale capable de mobiliser des ressources et des volontés suffisantes pour faire face à la pauvreté, au mal-développement, et autres maux de ce début de XXIe siècle. Un objectif de long terme qui peut - et doit ! - prendre racine dans une réunion à laquelle personne ne veut plus croire.