Recomposer le développement

éditorial par Damien Conaré, Le Courrier de la planète

L'économie politique du développement a dominé les réflexions et les pratiques des Etats des tiers monde pendant toute l'après Seconde Guerre mondiale et l'aide publique au développement (APD) celles des pays industrialisés jusqu'à la Révolution conservatrice. Depuis lors : point de salut hors du marché, la croissance économique (privée) était la seule condition du développement.

«les plus faibles économiquement continuent de se voir imposer des règles du jeu qui leur sont largement défavorables (fluctuation du prix des matières premières, pleine exposition à la concurrence et fermeture des marchés au Nord, notamment textile et agricole)»

Mais l'on bute aujourd'hui sur un constat froid : les plus faibles économiquement continuent de se voir imposer des règles du jeu qui leur sont largement défavorables (fluctuation du prix des matières premières, pleine exposition à la concurrence et fermeture des marchés au Nord, notamment textile et agricole). Ainsi, le coût annuel des barrières au commerce imposées par le Nord aux pays en développement est estimé à quelque 100 milliards de dollars par an, soit deux fois plus que le montant qu'ils reçoivent au titre de l'APD. Une aide assortie de conditions : bonne gouvernance et ouverture au libre-échange. Le statu quo dans les relations internationales est maintenu : les pays riches disposent du levier financier pour édicter des règles de bonne gouvernance et d'ouverture des marchés. Même si l'APD a connu une longue période de tassement...

Là était l'enjeu de la conférence internationale sur le financement du développement qui s'est tenue à Monterrey (Mexique) du 18 au 22 mars 2002, où James Wolfensohn, président de la Banque mondiale, a exhorté les pays donateurs à doubler le volume annuel de l'APD (de 50 à 100 milliards de dollars), pour parvenir à atteindre les objectifs du Millenium fixés par les Nations unies, notamment réduire de moitié d'ici à 2015 l'extrême pauvreté. Avec ces objectifs, la communauté internationale s'entend sur ce qu'elle doit atteindre, comment et à quel coût. Voilà qui dépasse le débat stérile autour de l'objectif "mythique" de 0,7 % du PNB des pays donateurs alloué à l'APD, établi il y a trente ans et dénué aujourd'hui de sens politique.

La recomposition du développement passe aussi par la définition des biens publics mondiaux, qui chamboule les rapports entre donneurs et receveurs. Les modalités de financement de ces biens publics, fondées sur une fiscalité internationale (du type taxe sur les transactions financières, sur la consommation de carbone, etc.), obligeront à de nouvelles stratégies nécessairement coopératives. Un vaste débat, en cours, aux enjeux décisifs que nous approfondirons dans le prochain numéro du Courrier de la planète.