Trop de villes, pas assez de cités

éditorial par Gustave Massiah, président du Centre de recherche et d'information pour le développement, CRID, membre de l'AITEC et Annik Osmont, maître de conférence honoraire, secrétaire exécutif du Programme de recherche urbaine pour le développement, membre de l'AITEC.

Si le thème de la mondialisation structure les travaux du Courrier de la Planète, celui de l'urbanisation est moins connu de ses lecteurs. Or il est aujourd'hui impossible d'aborder cette question sans s'intéresser aux villes et à ce qu'elles sont dans la mondialisation.

Le lien ville-mondialisation est certes ancien : l'illustration la plus belle est celle de Braudel montrant l'importance des villes dans les civilisations et leur rôle essentiel dans les systèmes monde. Mais aujourd'hui, il y a une nouvelle donne. Le système monde s'est étendu à l'ensemble de la planète sous le sceau de la mondialisation libérale. Les villes, les plus grandes surtout, sont le moteur de la croissance économique et constituent le meilleur attrait pour les firmes internationales. La concentration urbaine accompagne la concentration des capitaux, dans un mouvement de compétition sauvage qui bouleverse les relations villes/campagnes et plus généralement le rapport ville/territoire. Elle induit de nouvelles formes urbaines, traductions dans l'espace d'inégalités croissantes dans la distribution des richesses.

«les tentatives d'instrumentaliser les villes pour les mettre au service du marché et du profit essaient de les vider de leur traditionnelle et indispensable dimension politique»

Des villes privées, ghettos de luxe, côtoient les quartiers de misère. Et, les tentatives d'instrumentaliser les villes pour les mettre au service du marché et du profit essaient de les vider de leur traditionnelle et indispensable dimension politique. C'est dans ce contexte que les citadins, devenus de simples agents économiques, doivent reconquérir les attributs de la citoyenneté. La première piste pour comprendre ce qui est en jeu est celle de la relation entre mondialisation libérale et métropolisation - et notamment les bouleversements qu'elle entraîne dans les rapports entre villes et campagnes : la mondialisation implique-t-elle des villes-monde de plus en plus importantes - des métropoles et une rupture entre les villes et leur territoire national ? Comment analyser en profondeur les hiatus provoqués par le rapport entre un temps économique de plus en plus court et celui, très long, de la ville ? Les bulles financières et foncières et leur éclatement sont des traumatismes dont se remettent mal les villes et leurs citadins.

Ce numéro s'intéresse également à l'évolution des mouvements sociaux en milieu urbain. La mondialisation actuelle provoque aussi une formidable revendication de démocratie. De ce point de vue, se posent la question de la production et de la gestion de la ville (questions foncières et de l'habitat, accès aux services publics, place des entreprises...), question sur laquelle les mouvements urbains se font entendre et entendent négocier des réponses. Leurs actions tentent d'orienter la gestion urbaine vers des priorités sociales et la redéfinition de politiques publiques municipales caractérisées par une gestion démocratique. Ils sont ainsi partie prenante des mouvements majeurs qui mettent en avant la revendication des droits civils et politiques et aussi des droits économiques, sociaux et culturels.

Les deux tendances, l'urbanisation et la gestion libérale d'une part et la montée en puissance des mouvements sociaux urbains d'autre part, éclairent l'espace de la coopération internationale. Elles mettent en perspective l'émergence des municipalités, les stratégies des institutions financières internationales et l'affirmation des mouvements municipaux mondiaux. C'est dans ce cadre que s'inscrivent les actions des mouvements sociaux urbains et que se dégagent les défis qu'ils entendent relever.