L'exception agricole 64 - Entreprises
Quelle responsabilité sociale ?

RSE ? Vous avez dit RSE ?

éditorial

Le monde a changé, les entreprises aussi. La responsabilité sociale des entreprises (RSE) est un concept qui cherche à rendre les entreprises comptable des impacts socio-environnementaux de leurs modes de production et de distribution sur l’ensemble de la société. Ce concept d’origine anglo-saxonne se rattache à un cadre, fruit de la "révolution conservatrice", où le rôle de l’État en matière de régulation sociale est limité.

L’entreprise est censée jouer un rôle structurant pour la société, pourvoyeuse de normes et de valeurs éthiques, supposées représenter l’intérêt commun. Elle souhaite maximiser ses profits, tout en répondant aux préoccupations environnementales, éthiques et sociales qui se sont développées chez les consommateurs, dans les mouvements de société civile et dans les fonds de pension…

Dès lors sont posées une série de questions : l’entreprise est-elle capable de représenter l’intérêt général ? Quel est l’équilibre possible entre les efforts déployés pour augmenter les profits et ceux consentis pour assumer des responsabilités sociales et environnementales ? Comment s’articulent les stratégies des entreprises en ces matières avec ceux des autres acteurs (pouvoirs publics, associations, syndicats…) ?

Jusqu’à présent, les modalités d’application et de contrôle des engagements pris par les entreprises restent confuses. Il est donc très difficile d’évaluer l’impact des pratiques de la RSE, qui restent limitées aux plus grandes entreprises et touchent peu ou mal les industries des pays en développement ou les sous-traitants.

Enfin, les démarches de RSE supposent une participation active des salariés aux enjeux stratégiques et à la gestion de l’entreprise. Pourtant, à la lumière "d’affaires" récentes – Renault, Marks & Spencer, le secteur aéronautique… – il semble bien que la participation des salariés au dialogue social soit minorée…

En complément de la responsabilité sociale, il faudra aussi intégrer la responsabilité pénale des entreprises afin qu’elles soient redevables de leurs actes, où qu’ils adviennent. Sinon, le concept de RSE est réduit à une "bonne conduite" (qui ressemble à une "bonne conscience"), acceptable pour les stratégies de rentabilité, mais sans prise en compte réelle des intérêts collectifs.

On est donc encore loin du modèle souhaitable de régulation multiforme : celui ou l’État et les conventions internationales ou régionales(notamment dans l’Union européenne) pourront compléter la soft law des entreprises, par un droit positif et contraignant – combinaison qui seule permettrait une évolution conforme aux enjeux de cette nouvelle période, rectifiant les excès de la dictature de la finance et des actionnaires.

La RSE dont traite ce numéro, élaboré en collaboration avec l’association Confrontations, n’est pas seulement destinée à revaloriser les accords sociaux, elle pose plus globalement la question, via les entreprises, des relations et des modes de production sur la planète – et donc, également, des rapports entre les pays les plus riches et les autres.

Dernière modification : 17 June 2011