54 - Gouvernance internationale (III) :
OMC, la morale de l'échange
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OMC, la morale de l'échange ?

éditorial par François Lerin

Le rendez-vous manqué de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle a dévoilé les faiblesse d’une organisation habituée jusque-là à plus de confidentialité. Loi du plus fort, manque de transparence, mise à l’écart des "petits pays". Rien ne lui a été pardonné. A juste titre d’ailleurs, si l’on en juge par le processus de négociation pour le moins rocambolesque imposé avant et pendant la conférence.

Pourtant, et pour la première fois dans l’histoire du GATT, des pays en développement relativement soudés sont parvenus à se faire entendre, en participant vraiment et non plus en se contentant de réagir. Par ailleurs, victime de son succès, l’OMC s’est vu proposer de réguler un éventail de domaines élargi aux normes sociales, à l’environnement, à la concurrence ou aux investissements. L’Organe de règlement des différends, sans équivalent parmi les institutions internationales, confère en effet à l’OMC un véritable pouvoir de jugement et de création de normes et de règles par la jurisprudence. Mais à trop en faire, l’OMC risque de devenir juge et partie, autrement dit de juger des conflits dans différents domaines sous l’angle unique des intérêts commerciaux.

Car l’échec de Seattle n’est pas qu’une crise de croissance. Il traduit plus profondément les limites de la régulation internationale actuelle et la nécessité de créer une nouvelle architecture des institutions. La libéralisation des échanges ne peut plus constituer le socle de la régulation internationale, la valeur suprême en fonction de laquelle ordonner les politiques dans d’autres domaines – environnement, droits humains, culture, notamment. En tout état de cause, pour pouvoir traiter des sujets qui sont négociés à l’OMC et qui touchent aux choix de société, une réforme de l’organisation et de ses procédures est nécessaire pour assurer les conditions de sa survie.

Les futurs travaux de l’OMC, désormais sous surveillance, confirmeront s’il y a bien eu un "effet Seattle", source d’un véritable débat de société à propos de la mondialisation de l’économie.

Ce numéro du Courrier de la planète tente de clarifier la nature du débat et pour ce faire, comme pour les deux numéros précédents, l’aborde sous l’angle de la "gouvernance internationale".

Dernière modification : 17 June 2011