Réforme de la Politique Agricole Commune :
encore ratée ?!!?
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Réforme de la PAC : encore ratée !??!

éditorial par François Lerin

La conférence de Berlin s’est achevée sur un compromis de réforme de la PAC où dominent les aspects de statu quo ante. Beaucoup de facteurs ont joué dans le sens de cette réforme minimum et ce numéro du Courrier de la planète en explore un certain nombre. Les conclusions de toutes les analyses convergent : une autre réforme de la PAC sera nécessaire. L’année 1999 n’aura donc été qu’une étape dans la reformulation des objectifs et des moyens de la plus coûteuse des politiques européennes, dont la nécessité est annoncée au moins depuis le début des années 80.

Les optimistes estiment qu’un pas important a été fait dans la bonne direction. La réforme de 1999, disent-ils, ne fait pas seulement qu’approfondir celle de 1992, elle entérine aussi des changements de fond. Elle renforce deux principes fondamentaux qui rendent compatible la politique européenne avec le régime de concurrence international négocié à l’Organisation mondiale du commerce. Il s’agit, d’une part, de la baisse des prix dans l’espace européen et, d’autre part, de la transformation des subventions - le passage du soutien des prix de marché aux aides au revenu des agriculteurs. Plus fondamentalement encore, ils arguent du fait que les dépenses agricoles sont, dans leur principe, stabilisées et que les Fonds structurels et de développement rural prennent le dessus sur les dépenses agricoles.

Les pessimistes soulignent que le temps est bien long depuis le Livre vert de la Commission - qui date de 1985 - et que cette réforme "à petits pas" n’est pas à la hauteur des enjeux. La rectification du "modèle productiviste" est trop lente : sa réussite exemplaire avait déjà conduit les finances européennes, au cours des crises de surproduction, au bord de l’explosion... et dans le même temps provoqué entre les Européens et les Nord-Américains une ruineuse et stérile guerre commerciale sur les marchés mondiaux - au détriment des pays en développement et des pays excédentaires incapables de subventionner leurs exportations. Ils soulignent également que la réforme n’est pas non plus à la hauteur de trois objectifs aujourd’hui indissociables du projet européen : la création et le développement d’un modèle de développement durable de l’agriculture incluant la sécurité alimentaire ; l’élargissement de l’Union aux pays d’Europe centrale, puis orientale ; la création sur le flanc sud de l’Europe d’une zone de libre-échange et de coprospérité en Méditerranée...

La différence d’appréciation du compromis de Berlin entre optimistes et pessimistes tient donc à une question de perspective. D’un côté, le raisonnement s’intéresse essentiellement à la question "agricolo-agricole" ; les tenants des groupes de pressions agricoles et notamment ceux "des grandes cultures" estiment que les sacrifices exigés et obtenus sont déjà importants : on ne modifie pas du jour au lendemain les conditions internationales de compétitivité des agriculteurs (et donc leur niveau de subventions), surtout dans un cadre international de globalisation des marchés. De l’autre, la question agricole est perçue comme un des aspects de la construction européenne, et on estime alors que le statut particulier accordé aux agriculteurs dans l’Union doit cesser et que les objectifs et les moyens de la PAC doivent être reformulés suivant des intérêts citoyens et stratégiques collectifs.

Cela n’étonnera guère que, pour une fois, le Courrier soit du côté des pessimistes…

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Dernière modification : 17 janvier 2007